header-photo

Camp-Perrin et Maniche font bon ménage: ParL Lima Soirélus

 

Victimes du caractère centriste du budget national, Camp-Perrin et Maniche, deux communes du département du Sud, veulent se prendre en charge. Les responsables des deux municipalités mettent les bouchées doubles afin de présenter, le 6 mars, un plan conjoint de développement préparé entre 2006 et 2008. Un plan qui va devoir être confronté à la perception de l'Exécutif des collectivités territoriales et au pouvoir politique de Parlementaires intéressés plutôt au financement de leurs propres petits projets.

 

Négligés par le pouvoir central, Camp-Perrin et Maniche qui doivent faire face aux problèmes liés au sous-développement chronique qui ravage les régions d'Haïti se prennent en main. Les deux mairies s'apprêtent à accueillir vendredi, à Camp-Perrin, bailleurs de fonds et membres du gouvernement et de la société civile autour d'un plan de développement étendu sur 25 ans. Elles se mobilisent déjà à mettre en oeuvre ce programme cette année et à élargir le cadre de ce partenariat d'abord dans le département du Sud et ensuite dans tout le reste du pays.  L'agriculture, les infrastructures, l'éducation, l'écotourisme et la santé sont les axes prioritaires du plan dont la conception est intégralement financée par l'Union européenne à hauteur de 2 millions de dollars, d'après Jean Dunès Gustave, ancien maire de Camp-Perrin et coordonnateur de la structure intercommunale chargée de la gestion des projets de développement dans le cadre de ce plan.
Forts de l'accueil réservé au plan par le ministre des Collectivités territoriales, Paul Antoine Bien-aimé, les responsables municipaux et les sociétés civiles camp-perrinoises et manichéennes se voient déjà dans le bain de la réalisation de leur programme, selon M. Gustave, responsable également de l'Initiative citoyenne de Camp-Perrin.

 

Sortir de l'apathie

 

Les 100 000 habitants de Camp-Perrin et de Maniche qui se partagent 246 kilomètres carrés se mobilisent pour sortir de la liste des communes réputées pour leur enclavement et leur précarité. En dépit de leurs problèmes liés à la dégradation de l'environnement, au manque d'infrastructures sanitaires et à l'insignifiance de la production agricole, les deux communes sont déterminées à mettre en valeur leurs solides potentiels économiques. Camp-Perrin et Maniche présentent, entre autres, des sites naturels et historiques et une grande potentialité agricole.   La production fruitière et céréalière, l'élevage très florissant, les activités piscicoles, artisanales et de transformation de produits agricoles, les cascades des Saut-Mathurine, Auguste, Hirondelle et Duvezin, les grottes de Kounoubwa et de Venfeld, les ruines coloniales et les mines de charbon naturel et de marbre sont, entre autres, les innombrables richesses que cache à elle seule la commune de Camp-Perrin.  Grâce à la préparation de ce plan inclusif de développement, les paysans renouent avec leurs activités collectives, selon Jean Fildor Séloi, maire de Maniche, qui déplore le fait que les habitants, s'adonnant aux travaux à haute intensité de main-d'oeuvre orchestrés par des institutions de financement, abandonnent leurs terres. « L'approche participative du plan a permis de rapprocher les paysans et de les amener à se ressaisir », se félicite le maire.   

 

En dépit du fait que l'agriculture perd de sa valeur à Camp-Perrin et à Maniche, les deux communes, dit M. Séloi, continuent à alimenter certaines villes du département du Sud. « Nos communes représentent des pôles d'espoir pour Haïti en ce qui a trait à l'agriculture », indique Jean Fildor Séloi.Les attitudes qui font douter « C'est un plan qui vise à développer non seulement Camp-Perrin et Maniche mais aussi les communes voisines et le reste d'Haïti », affirme Bertin Augustin, maire de Camp-Perrin, qui souhaite que l'Etat use de cette expérience pour engager un véritable processus d'intégration et de développement des communes.  M. Augustin affirme également que les collectivités territoriales restent trop longtemps écartées de la gestion des affaires nationales. « Le pouvoir central se centralise de plus en plus », déplore le maire qui voit dans cette attitude le blocage du développement d'Haïti. « Etant les autorités responsables sur le terrain, les maires et les membres des Casecs sont les mieux placés pour garantir un développement basé sur la participation de tous les citoyens, qui serait donc moins coûteux pour l'Etat », dit-il Le premier citoyen de Camp-Perrin plaide pour un budget décentralisé. « L'autonomie administrative et financière des municipalités est une nécessité », dit-t-il. M. Bertin se plaint en outre du fait que certains Parlementaires usent de leur pouvoir pour imposer à l'Exécutif leurs petits projets, source de corruption.  « On assiste à l'exécution de petits projets des Parlementaires, dont le financement se fait à partir de moyens détournés », s'offusque le maire Camp-Perrinois, qui explique que ces fonds sont parfois débloqués au profit des particuliers. « La Cour supérieure des Comptes et du Contentieux administratif n'a aucun contrôle sur les débours parlementaires », souligne-t-il. Clamant son refus d'être traité par les membres du gouvernement en parent pauvre, Bertin Augustin proteste : « On reçoit trop de visites spontanées d'officiels dans nos communes. »

 

Lima Soirélus
lsoirelus@lenouvelliste.com